Voilà près de cinq heures qu'on roule. J'en ai marre. Je ne voulais pas partir moi. La France m'allait très bien. J'avais tous mes repères là-bas. Tous mes amis. Je ne veux vraiment pas m'exiler dans ce trou paumé. Je ne veux pas tout laisser derrière moi. Je veux rester ici. Tout ça c'est à cause de lui. Pourquoi il est parti ? Qu'est-ce que j'ai fais ? Maman dit que je n'y suis pour rien. J'en suis pas si sûre. Je les ai entendu se disputer avant qu'il ne claque la porte les valises en main. Mon prénom a été prononcé plus d'une fois. Pourquoi ? Je n'en ai pas la moindre idée. Je ne veux pas demander à ma mère. Je ne veux pas lui refaire revivre ce moment difficile de sa vie. Il est parti. On doit tirer un trait sur lui. Le railler de notre vie. Pourtant, je n'en ai pas la moindre envie.
On vient de dépasser la frontière franco-allemande. C'est fait. Ma vie va prendre un autre tournant. Je vais devoir tout recommencer là-bas. Recommencer mon travail d'adaptation. Parce-que la sociabilité et moi, ça fait quarante. Je n'aime pas me mêler aux gens. J'ai toujours peur de ce qu'ils peuvent penser de moi. Alors je m'efface. Je ne m'affirme pas. C'est plus facile de disparaître que de s'imposer. Personne ne fait attention à moi. Au moins, on ne me juge pas sur mes goûts ou sur mes opinions. Je préfère de loin être discrète mais être moi-même. Je n'ai pas besoin qu'on m'entoure pour me sentir aimé. Jusque là mes parents et mes vrais amis me suffisaient amplement. Mais j'ai comme l'impression que les choses vont changer. De toutes manières, ma vie à changé dès l'instant où il a franchit cette porte.
Je suis dans ma chambre, allongée sur mon lit. Boulevard of broken dream passe en boucle dans ma chaine hifi. J'aime cette chanson. J'aime ce groupe. J'aime leur musique. Leurs textes. Et j'adore leur style. Eux n'ont pas peur de s'imposer. Eux ne se transforment pas en petite souris au moindre problème. Eux s'assument. Pas comme moi. Rien que pour ça je les admire. Et puis ils me font oublier mes problèmes d'en ce moment. Mes parents. Ils n'arrêtent pas de s'engueuler. Je n'aime pas ça. D'ailleurs, ils sont encore en train de règler leurs comptes au salon.
- ARRETE S'IL TE PLAIT ! ELLE N'Y EST POUR RIEN !
- ET MOI NON PLUS ! TU NE ME REVERRAS PAS. N'ATTEND PLUS RIEN DE MOI ! NI TOI NI TA FILLE ! COMPRIS ?
Ses paroles me font mal. Je suis aussi sa fille après tout ? Pourquoi me renit-il tout à coup ? J'entend la porte claqué. Il s'en va. Pour de bon cette fois. Je me lève et part en courant à la fenêtre de ma chambre. Je le vois déposer ses bagages dans le coffre de sa voiture. Il monte côté conducteur et démarre en trombe. La voiture s'éloigne de la maison. Il ne s'est même pas retourné.
D'après un panneau de signalisation, Hambourg n'est plus très loin d'ici. J'ai hâte d'y être pour enfin sortir de cette voiture. Mais si seulement on pouvait faire demi tour. Je pourrais rester encore des jours et des jours assise ici. Si je pouvais retourner en France. Je ne demande que ça. Je ne veux pas aller à Hambourg. On n'aura même pas de maison. Même pas d'appartement. On ira à l'hotel pour quelques temps. C'est ce que m'a dit ma mère. Pourquoi partir si loin ? On aurait pas pû aller à l'hotel en France ? Ou aller habiter provisoirement chez Milly ? Milly ... Elle va me manquer. Ma meilleure amie. Je l'ai connu il n'y a pas si longtemps. Peut-être quatre ans. Elle venait d'Allemagne. On a tout de suite accroché. Je donnerais tout pour ne pas la perdre. Pour la prendre dans mes bras à cet instant même. Je n'ai même pas besoin de lui expliquer quoique ce soit. Elle comprend déjà tout. Je l'aime ma Milly.
La voiture s'arrête. On est garée devant un immense hotel. Si on a les moyens de se payer une chambre ici, on a les moyens de se payer un appart en ville. Je ne comprend pas. Ce n'est peut-être pas le bon hotel après tout. Qui sait ?
- On est arrivé chérie.
- C'est cet hotel ? demandai-je en lui pointant du doigt le luxueux bâtiment.
- Oui. Je me suis arrangé avec un ami. C'est en attendant que les choses s'arrangent.
- Waouh.
On sort de la voiture. Un portier nous aide à prendre nos bagages et nous les emmène jusqu'à la réception. Là-bas ma mère parle avec l'hôtesse d'acceuil. Elles se sourient. Elle lui tend les clefs en lui disant que nos bagages seront montés d'ici cinq minutes. Ma mère part devant moi. Je la suis tout en comptemplant ce lieu splendide. Le décor fait un peu pensé aux temps de Louis XIV en France. Cependant, tout reste moderne. En face de l'acceuil, en plein milieu du hall se trouve une fontaine à eau en pierres sculptées. Magnifique. Dans un arc de cercle un peu plus éloigné de la fontaine centrale se trouve des ascenceurs ainsi que des escaliers s'entendant à perte de vue. On prend l'un deux. On monte trois étages où les murs sont décorés par diverses photos mettant en valeur les plus beaux coins de l'Allemagne. Puis on traverse un long couloir tapissé de rouge et de blanc. On arrive devant une porte. C'est la notre. Ma mère introduit les clefs dans la serrure et ouvre le semblant de mur qui nous sépare de notre nouvelle vie.
- Nous y voilà, dit-elle en refermant la porte. Notre nouveau chez nous pour quelque temps.
La chambre est à l'éfigie de l'hotel : parfaite. Trop parfaite. Quelque chose cloche. Quelque chose m'échappe. Je ne comprend pas. Peut-être que je me fais des idées. Me monte des films toute seule. C'est souvent ce que me disait mon père quand j'étais plus petite. Que je me faisais des films. Qu'il fallait que je redescende sur Terre. Alors peut-être qu'en ce moment je divaguais un peu. Ou pas.
Mes affaires sont sorties depuis longtemps. Celle de maman aussi. On a un peu visité le coin. Ma mère me dit qu'elle connaissait bien. Qu'elle avait vécu ici pas mal de temps avant de partir vivre en France. Elle trouve que le coin à changé en apparance. Mais qu'au fond il est toujours le même. Je n'ai pas tout saisi. Mais je sais que je comprendrai plus tard. Ma mère est comme ça. Enigmatique et quelque peu philosophe. Je laisse faire. Elle se trompe rarement.
J'ai vu où se trouvait mon lycée. Demain est le grand jour. Demain je ferai un pas de plus dans l'inconnu. Et j'ai peur. Je préfère quand tout est calculé. Quand rien n'est laissé au hasard. Sinon j'ai l'impression de perdre le contrôle de ma vie.
_____
